Les fers encastrés, tout savoir!

Cet article sera agrémenté de plusieurs photos, vidéos et textes complémentaires très prochainement. 

 

Vous avez été nombreux à avoir eu une mauvaise expérience avec la pose de fers encastrés. C’est bien normal, en tant que Cordonnier-Bottier j’ai vu passer dans notre atelier en plus de quarante ans de carrière, plusieurs milliers de paires de chaussures en plus ou moins bon état. Un grand nombre d’entre elles avaient été équipées de fers encastrés. Le constat est réellement alarmant, à peine 5% d’entre elles possédaient des fers encastrés correctement installés.

Le fer encastré est une opération simple en apparence, à condition de respecter une chronologie et un soin particulier. Il y a deux scénario possible:

a) Le fer à encastrer dans une semelle de cuir neuve, sans patin.

Semelles en cuir

Vous pouvez voir sur la photo 1 une chaussure dont la semelle de cuir est neuve, qui n’a donc jamais eu de contact avec le sol. C’est sur cette surface neuve, propre et lisse qu’il va falloir déjà positionner le fer à l’aide de trois semences (clou pointu) provisoires afin de respecter la forme du bout de la chaussure. Cette opération est primordiale si l’on veut que le fer respecte l’axe de la semelle, pour une raison évidente d’esthétisme mais aussi de résistance. Il serait aberrant d’incliner à droite ou à gauche le fer. Cela pourrait aller jusqu’à la déformation de la marche et d’une usure en biais. Après avoir tracé au crayon à papier le contour du fer sur la semelle de cuir il est temps à l’aide d’un tournevis d'ôter délicatement le fer sans marquer le cuir. Puis à l'aide d'un tranchet( instrument de coupe)

Il est temps d’entailler le cuir en suivant le tracé du crayon à papier. Il faut agir avec précision car le moindre débordement pourrait créer une fente obligatoirement visible qui fragiliserait l’étanchéité de votre semelle. Après avoir incisé de face la semelle de cuir il est temps de dégrossir le raccord entre le tracé et le bout de la semelle à désépaissir. Pour cela il va falloir incliner la lame du tranchet afin de fendre le cuir sur une largeur d’un centimètre . Lors de cette opération le tranchet sera incliné de manière régulière et d’une profondeur égale.

 

Le moment est venu de dégrossir le reste de la semelle de cuir qui sera sous le fer, toujours à l’aide du tranchet. Une grande expérience est requise pour cette opération. Sans une concentration optimale il est impossible d’obtenir un résultat impeccable.Un autre élément rentre en compte, le fil de la couture. Il est primordiale de refendre le cuir autour et à l’intérieur de la couture, sans la sectionner, il en résulterait une désolidarisation de la semelle avec la trépointe.  Pour affiner cette étape il faudra poncer le cuir à l’aide d’une feuille de papier de verre pliée en quatre. Il s'agit de mettre au même niveau la surface du cuir qui recevra le fer. Il faut présenter à plusieurs reprises le fer jusqu’à qu’il s’adapte parfaitement à l’encastre réalisée. Après avoir au préalable dépoussiéré l’encastre dans la semelle de cuir il va falloir enduire d’une épaisse couche de colle néoprène pour saturer le fond de cette dernière et la rendre étanche, ainsi que sur la partie cachée du fer. Après quinze minutes de séchage il est très utile de réencoller l’encastre avec de la colle bien liquide et faire glisser le fer dans l’encastre légèrement en force. Une fois positionné, à l'aide d’une mini visseuse électrique équipée d’un foret de 1,2 mm il faudra percer les trois trous correspondant aux orifices du fer Triumph. A l’aide d’un tournevis plat, les trois vis en laiton maintiendront parfaitement le fer en place. Malgré tous les soins apportés à cette opération, il peut y avoir un infime jour entre le fer et l'encastre, un léger coup de marteau sur l’un des côtés du fer Triumph règlera le problème.

Les vis en laiton ont l’avantage de ne pas s'oxyder au contact de l’eau de pluie. Une fois usé, le fer peut être démonté en dévissant proprement les trois vis en laiton.

Douze heures de séchage seront nécessaires afin que les couches de colle néoprène et le cuir de la semelle ne fassent plus qu’un. L’étape finale de la finition à la bande abrasive et à la déforme (teinture spécifique pour les bordures de semelles et de talons). Puis la déforme une fois seiche il suffira de brosser la lisse et de retirer soigneusement l’éventuel débordement de colle néoprène à l’aide d’un morceau de crêpe.Le fer tant qu’à lui restera bien en place jusqu’à l’usure total de ce dernier grâce aux trois en vis en laiton 

A éviter!

Il y a un moyen simple de vérifier le travail de votre cordonnier. S’il utilise des clous en acier pour fixer ses fers encastrés, vous pouvez lui présenter vos adieux. En effet, les clous, qui plus est en acier vont très rapidement s’oxyder au contact de la pluie. Cette oxydation ne permettra pas au clou de se maintenir en place et va créer rapidement un trou bien plus large que le clou lui même. Le résultat sera catastrophique, le fer ne restera pas en place et le bout de votre semelle de cuir se transformera en gruyère.

b) Le fer à encastrer avec un patin sur une semelle neuve.

Pour commencer il faut créer un arrondi dans le patin au niveau de la cambrure afin qu’il puisse épouser parfaitement la courbe du cambrion après la pliure des métatarses.

Puis à l’aide d’un stylo d’argent il faut reproduire le tracé du patin sur la semelle de cuir neuve. A l’aide du tranchet le cordonnier devra enfoncer la pointe de sa lame en suivant scrupuleusement le tracé en enfonçant sur 1,5 mm. Puis toujours muni de son tranchet il devra sur une largeur d’un centimètre et demi créer un biseau vers la coupe droite au tranchet. Il pourra facilement dégager la bande de cuir et laissera apparaître l’ébauche de l’encastre du patin. Il ne restera plus qu’à carder (gratter à l’aide de la bande abrasive) le reste de la semelle de manière bien plane en raccordant avec l’encastre du patin. Pour ne pas endommager le fil de la couture, il faudra prendre soin de carder à l’intérieur et autour de la couture dite “petit-point”.

La plupart des cordonniers se contentent d’une fausse encastre, c’est à dire que le patin reste en sailli sur la semelle avec une coupe droite qui en plus d’être disgracieux raidit sensiblement la chaussure en cambrure.

Pour une adhérence optimale du patin et du fer, la semelle de cuir est à nouveau cardée mais cette fois-ci avec une cardeuse à main.

Les fils rigide et pointues de la cardeuse à main seront plus intrusive.

Ils créeront des sillons plus profonds pour une meilleure absorption de la colle.

Il s’agit de faire un premier encollage sur le tour de la semelle pour couvrir la bordure et la couture de la semelle en insistant au bout qui restera une zone sensible aux infiltrations potentielles importantes. Après une dizaine de minutes de séchage il est temps de recouvrir la semelle avec une deuxième couche de colle néoprène (sans Toluène), mais cette fois sur l’ensemble de la semelle et du patin qui aura été affiné au préalable au niveau du raccord en cambrure.Encore dix minutes d’attente avant de positionner le patin en commençant par la cambrure du côté gauche afin de libérer la vue du reste de l’ouvrage. Il est important de conserver une visibilité globale de son travail. En déroulant le patin, il viendra s’aligner avec la courbe de l’encastre avant d’applique le reste du patin sur la semelle. Une légère pression à l’aide des pouces permet de maintenir en place le patin avant de placer la chaussure sous la presse à souder qui va permettre une adhérence irréprochable.  

Dix secondes sous presse suffiront pour réaliser un soudage parfait. A l’aide du tranchet il suffira de faire une première ébauche afin de reproduire au bout la forme de la semelle.

Il est temps de positionner provisoirement le fer sur le bout de la chaussure avec trois semences (clou pointu en acier). Une fois mit en place le fer va servir de limite à la découpe du patin. A l’aide de la pointe du tranchet il faudra inciser les extrémités du patin et des intersections d’une coupe franche, sans accous. Aidé d’une pince pointue il va falloir décoller minutieusement le bord gauche du patin puis le droit jusqu’à les faire converger et retirer l’ensemble du bout du patin. Le pouce de la main opposée servira d’étau pour maintenir le reste du patin bien en place, pour s’assurer qu’il ne se décolle pas avec la partie à extraire.

A l’aide du gros marteau à battre il faut fixer définitivement la semelle en validant le soudage. Une attention particulière est requise pour le bout du patin, afin d’éviter le moindre risque de décollage. Puis après avoir réencollé grassement la partie de la semelle sans patin ainsi que l’envers du fer il sera temps de positionner le fer dans son logement en s’assurant qu’il ne reste pas de jours entre les deux. Un foret d’un millimètre et demi suffira pour réaliser un avant-trou. Ce dernier facilitera le vissage des trois vis en laiton pour maintenir définitivement le fer en place. A l’aide du marteau galochier il sera possible de refermer d’éventuels interstices. 

Douze heures plus tard il sera temps de passer à l’étape de la finition qui consiste à l’aide la bande abrasive fine pour aplanir la différence de niveau entre le patin et le fer d’une part et de la semelle de cuir d’autre part. Le but étant bien sûr de rendre parfaitement lisse au toucher ses trois matériaux pour donner l’illusion qu’il ne font qu’un. Ensuite il va être temps de déposer délicatement une première couche de déforme (teinture pour les lisses et les talons) qui une fois séche pourra être brossée avec la brosse calicot rotative et la brosse soyeuse. Pour un brillant plus intense et une protection optimale de la lisse, une deuxième couche de déforme sera indispensable. Cette dernière devra également être brossée pour parfaire le résultat. 

Finition fer encastré

Il ne reste plus qu’à retirer à l’aide du pièce de crêpe l’excédent de colle au niveau de l’encastre du patin ainsi que sur la bordure du fer. Il est possible qu’un léger résidu de cire se soit déposé sous le faire en bordure, rien de plus simple pour le retirer avec un chiffon de coton.

 

Arcticles Récents

Les cuirs Patinés
Les cuirs Patinés
 Tendance : La patine des chaussures Nous sommes tous passés au moins une fois par la place Vendôme à Paris. En conto...
Lire l'article
Au secours Norbert Bottier : mon chien a mordu ma chaussure !
Au secours Norbert Bottier : mon chien a mordu ma chaussure !
Le problème Parfois, les clients arrivent en boutique avec des demandes insolites. Par exemple ce monsieur, dont le c...
Lire l'article
Une semelle cuir : oui, mais pourquoi?
Toutes les grandes marques de chaussures de luxe en font, à juste titre, un argument promotionnel : leurs chaussures ...
Lire l'article

Laisser un commentaire

Veuillez noter que les commentaires doivent être approuvés avant d'être publiés


Combien font:
Réponse:*