Ressemelage Louis Vuitton

by Norbert Alali

Cette paire de mocassin Louis Vuitton va subir une restauration complète, puisse que comme vous pouvez le constater la semelle extérieur est totalement usée, mais également la première intérieure. Le problème est qu’il n’est pas possible de retrouver la semelle d’origine. Du coup il va falloir trouver une solution alternative la plus approchante possible. Jo et moi même avons eu l’idée d’allier une semelle caoutchoutée en plaque à laquelle nous avons disposé une trépointe crantée en cuir pour retrouver l’aspect d’origine.

Tout d’abord nous avons tracé une limite à l’arrière de la chaussure, juste avant l’arrondi que forme la selle avec le contrefort. C’est précisément à cet endroit qu’il est possible de raccorder le plus discrètement possible la nouvelle semelle en plaque afin de remplacer celle d’origine qui est moulée, elle.

A l’aide de la cardeuse (il s’agit d’un abrasif monté en bande sans fin large de 8 cm avec un grain à la fois épais et agressif) il va falloir gratter la semelle d’origine afin de la désépaissir sur la partie arrière et la retirer totalement à l’avant de la chaussure. Cette opération est très délicate, car la frontière entre l’avant et l’arrière de la semelle doit se faire progressivement. Comme vous pouvez le constater sur la photo de droite, il ne reste plus rien de la semelle à l’avant pied. Jo en a profité pour retirer le fil de la couture afin de recoudre la future semelle dans les points d’origine. Il est très important d’agir ainsi pour ne pas fragiliser le montage de la chaussure par une deuxième couture en parallèle de la première. Cela risquerait d’entrainer d’éventuelles déchirures au niveau de la tige

Etant donné que la semelle moulée qui venait recouvrir les côtés de la tige a disparue au cardage, il est nécessaire de disposer par un collage provisoire la trépointe crantée de cuir. Les crans qui ne seront bien sûr invisibles permettent d’harmoniser la trépointe à la forme arrondie de la chaussure au bout et à la naissance de la cambrure

Il est temps de d’afficher (poser la semelle après séchage de la colle) la nouvelle semelle en plaque en prégnant soin d’aligner le motif avec sillons de l’ancienne. Après avoir martelé provisoirement cette dernière, la chaussure sera passée sous une presse hydraulique très puissante qui écrasera les éventuelles bulles d’air. Ce collage peut dans ce cas porter l’appellation de soudé. 

Après une première ébauche au trancher (outil de découpe en acier trempé) vient l’étape délicate de créer un sillon de quatre millimètre de profondeur à l’aide d’une micro-fraise où viendra se loger la nouvelle couture. Cette rainure évitera que la couture ne s’use trop rapidement puisqu’elle sera encastrée, à l’abri du contact avec le sol. 

Comme le montre bien ces deux photos, la nouvelle couture réalisée à la main est traversante, il s’agit d’un montage Blake (cousu de part en part). A l’aide d’une âleine et de deux aiguilles, le fil de la couture passera de l’intérieur vers l’extérieur de la semelle et du montage. Cette opération garantira un maintient et une étanchéité dans la durée de l’assemblage des deux parties 

La déforme (teinture liquide mélangée à de la cire) sera déposée délicatement sur la lisse (bordure de la semelle) afin de rendre invisible le débordant de la trépointe en cuir. Elle permettra également de rendre invisible la différence des deux matériaux (cuir et caoutchouc). Après séchage et brossage, cette opération peut être effectuer à deux ou trois reprises selon les besoins. La superposition des couches donnera une résistance plus importante et conservera un aspect harmonieux plus longtemps. 

La semelle intérieure (première de propreté amovible) doit être renforcée car le liège d’origine s’est vu fortement diminué par l’usure. Il faut donc créer un patronage en carton pour découper le modèle final sur du liège qui sera désépaissit à souhait. Le dessus de cette première sera également change avec une peausserie souple et douce au toucher comme celle choisit par la maison Louis Vuitton initialement. 

L’aspect général de l’extérieur doit être rafraîchit. Après un brossage intensif à l’aide la brosse en crêpe et de la gomme à daim, il est temps de rénover le velours à l’aide du Spray rénovateur pour le daim et le nubuck. Il suffit de vaporisez le produit en gardant une distance de vingt centimètre et en s’assurant de garder le spray en position verticale. Pour éviter de se salir, je ne peux que vous conseiller d’enfiler un gant jetable au préalable dans la main gauche afin de ne pas risquer de vous salir. Ce produit étant très colorant, il vous faudra plusieurs jours pour que d’éventuellles taches disparaissent sur vos mains. Il est important de s’assurer de quelques précautions. Vous pouvez également disposer au sol, près d’une fenêtre pour ne pas salir le sol ni empester votre appartement. 

Et voilà le résultat final. Ces mocassins Louis Vuitton peuvent retrouver leur propriétaire, ils ont été rénovés à l’intérieur et à l’extérieur, prêt à affronter encore quelques centaines de kilomètres. En effet le caoutchouc de la nouvelle semelle étant particulièrement résistant, ces mocassins devraient pouvoir rendre de bons services pendant encore de longues années. 

N’hésitez pas à laisser des commentaires ou nous poser des questions sur ce genre de rénovations, Jo et moi nous nous ferons un Plaisir d’échanger et de répondre aux différentes problématique rencontrées lors de la restauration de vos plus chers souliers. Quand je dis ‘chers”, je ne parle pas du prix mais bien évidemment de la valeur sentimentale à cet objet qui vous suivra pas à pas.

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